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Felice Time


Au moment de cet entretien, on ne sait pas encore si Charleroi obtiendra son ticket pour les play-offs 1, mais ce n’est pas le plus l’important. In Style Discoveries est allé à la rencontre d’un homme du terroir, qui a réalisé son rêve d’entraîner le plus grand club de la ville : le Sporting de Charleroi, un club qui a su, ces dernières années, s’imposer parmi les valeurs sûres du championnat national. Felice Mazzu est très respecté dans le monde du football, au nord comme au sud du pays. Il se livre sur sa carrière, ses ambitions, avec passion et humilité.

Par Saïd Derouiche, pour In Style.
Crédit photos: Sporting Charleroi

Bonjour Felice, avant le match de ce week-end (victoire 1-2 à Courtrai avec un but de Jérémy Perbet à la 94e minute) je n’avais pas encore écrit mes questions, en revanche j’avais déjà en tête le titre de l’article – dont je ne revendique pas spécialement l’originalité – et qui est « Felice Time », ça tombait vachement bien n’est-ce pas ? Ben oui c’est arrivé assez souvent dans le passé, un peu moins cette saison-ci, mais bon ça s’est reproduit ce week- end lors de cette victoire à Courtrai. Et heureusement par- ce qu’on était dans un match à difficultés et Jérémy nous a ouvert le cadenas en toute fin de match, et ça a fait du bien. Maintenant vous savez, les « Felice Time » ou « autres times » c’est un peu du hasard, ce sont des moments dans des matchs qu’on ne contrôle pas spécialement et où on essaie des choses, on fait [notamment] des changements, ça fonctionné ici comme ça ne fonctionne pas parfois. Cela fait partie de cette part de hasard dans ce que vous essayez de modifier dans un schéma de jeu.

On rappellera pour le lecteur non averti que le Felice Time est cette originalité qui consiste à angoisser le supporteur jusqu’à la fin du match pour remporter la partie dans les arrêts de jeu. Plus sérieusement, le « Felice Time », c’est a) une force de caractère, b) du très grand coaching, c) un peu de chance, d) les trois. 

Je vais essayer de conserver beaucoup d’humilité, je vais donc enlever tout de suite du texte « du très grand coaching » parce que, comme je vous l’ai dit, la chance inter- vient quand même grandement dans un moment comme celui-là. Je pense que le point le plus important c’est la force de caractère des joueurs, à savoir : ne pas lâcher, y croire jusqu’au bout et essayer de remporter les trois points jus- qu’au dernier moment. C’est donc cette grande force de caractère des joueurs qu’il faut mettre en évidence dans ces moments-là.

Le plus important c’est la force de caractère, ne pas lâcher, et y croire jusqu’au dernier moment. 

Je voulais surtout vous rencontrer pour parler de votre livre, qui est en fait votre biographie écrite avec le regretté Jean Derycke. J’ai lu l’histoire d’un homme issu de l’immigration italienne, rappelant et l’ancrage local carolo – puisque vous êtes né à Charleroi, à la maternité Reine Astrid précisément – et le passé mi- nier de la ville. Vous vous êtes construit à travers des valeurs de modestie et de travail qui donnent à votre progression une allure tellement naturelle, comme si elle était écrite. Quel est ce moment précis où vous saviez que vous vouliez devenir coach au plus haut niveau ?

(Oh la la !) Je ne sais pas s’il y a eu un moment précis où j’ai su que j’allais devenir coach au haut niveau, en revanche il y a eu un moment précis où je me suis dit que le coaching faisait partie de moi, que j’avais envie de m’occuper d’une gestion – je le faisais déjà en tant qu’enseignant –, d’avoir une gestion de groupe et essayer de transmettre des choses. En tout cas c’est ce qui m’apporte le plus de plaisir et de bonheur ; réussir à transmettre du positif est quelque chose de bien pour le groupe qui est en face de moi. J’essayais de le faire dans l’enseignement et j’ai ensuite essayé de le faire dans le coaching. Le moment précis est arrivé vers l’âge de 27 ans où j’ai dû stopper net ma petite et modeste carrière de joueur parce que j’étais constamment blessé ; je n’avais pas envie de continuer à traîner dans les cabinets de kinés tous les quinze jours, et je n’avais pas non plus envie de quitter le monde du foot. Je me suis dit : « je vais me lancer dans le coaching des jeunes », et deux années plus tard j’ai commencé mes cours. En entamant mes cours, il y a une personne qui a été très importante lors de mes débuts et qui était Jacques Urbain, professeur à l’école de l’Union Belge dans la formation des entraîneurs. C’est lui qui m’a entraîné dans sa spirale [qui m’a inspiré], je suis [par la suite] devenu son adjoint, et c’est de là que tout a démarré.

Je ne savais pas qu’un jour j’allais entraîner au haut niveau mais en tout cas je me suis dit que je ferai tout pour que je puisse un jour y arriver. J’avais l’envie de réaliser ce que je ne suis pas parvenu à réaliser en tant que joueur, car quand on vit dans ce milieu, c’est normal d’aspirer à devenir professionnel, or je n’avais pas les qualités pour cela ; j’ai donc transféré ce rêve de joueur en prenant du plaisir de l’autre côté de la barrière, en essayant d’être un meneur de groupe, être un meneur d’hommes, et au fil des années ça m’a plus ou moins bien réussi. 

A travers la lecture de votre livre, je vois en vous la « synthèse » de deux personnes – ou plutôt de – deux styles qui vous ont marqué : Philippe Saint- Jean, avec qui la collaboration ne s’était pas déroulée comme vous l’auriez souhaité mais que vous avez beaucoup observé et de qui vous avez beaucoup appris, et Albert Cartier qui avait un style bien particulier qu’on pourrait qualifier de « très militaire ». Si Philippe Saint-Jean a davantage le profil « formateur », Albert Cartier est un meneur d’hommes qui sait secouer un vestiaire – certains passages dans le livre indiquent que certaines façons de faire ont pu vous « traumatiser ». Peut-on dire que Felice Mazzu est ce coach diplomate, bon communiquant, fin tacticien, et bien élevé... mais qui sait pousser « une bonne gueulante » quand il faut ?

Dans tout ce que vous dites j’aimerais quand même ajouter que le gros détonateur qui a enclenché ce qui allait se passer par la suite c’est Jacques Urbain. C’est vraiment avec lui que j’ai commencé ma carrière, lui qui était entraîneur en 4e nationale – à Marchienne ici dans le coin –, il m’a pris comme adjoint alors qu’il était prof à l’école des entraîneurs. C’est là qu’a démarré mon ambition ; c’est lui qui m’a donné certaines planches du métier ainsi que l’opportunité d’en- traîner pour la première fois des seniors. Il m’a permis de commencer à mieux me connaître. Et puis effectivement, dans ma traversée du haut niveau, j’ai travaillé avec Philippe Saint-Jean et Albert Cartier. J’ai eu un grand apprentissage de la formation avec Philippe Saint-Jean, mais comme vous le dites – et comme je le dis dans mon livre – ça ne s’est pas passé comme je l’avais souhaité ou espéré. J’avais une grande admiration pour Philippe Saint- Jean, malheureusement nos vues ont été divergentes à un moment donné ; je le regrette énormément mais c’est le foot. Et oui, il a certainement été la base de ce produit de formation, de cette manière de gérer avec tact, avec simplicité et avec de la communication, un groupe. J’ai énormément observé de son côté et puis j’ai eu la chance d’avoir vraiment le contraire [l’opposé], et quand on dit le contraire ça ne veut pas dire que ce n’est pas bon ça, veut simplement dire un autre caractère, une autre approche. Effectivement Albert Cartier est quelqu’un de très direct, quelqu’un de très dur, mais qui a du respect par rapport à ses hommes. J’ai donc appris cette manière d’être beaucoup plus dur dans un vestiaire quand ça fonctionne moins bien – et ça c’est vrai qu’il le faisait très bien.

Si vous êtes toujours dans le même milieu, avec les mêmes personnes, avec le même environnement, au même endroit, vous ne savez pas réellement qui vous êtes.

Et donc, l'association des deux tempéraments fait qu'aujourd'hui j'essaie (de faire aux mieux) par rapporte à mon éducation, par rapporte à mon vécu, par rapporte à mon manque d'expérience du haut niveau pendant toute ma jeunesse – et toute mon évolution d’adolescent et de joueur de foot –, par rapport à l’environnement que j’ai fréquenté en étant un jeune immigré. Finalement tous ces paramètres font que j’ai énormément de respect pour les gens qui sont en face de moi. J’essaie d’avoir énormément de communication, de tolérance et de compréhension. Parce que voilà, un joueur de foot peut être bon et c’est tant mieux, [comme il] peut être moins bon et ce sont des choses qui arrivent ; ce ne sont pas des choses volontaires, ce ne sont pas des choses pour lesquelles on doit – je pense – massacrer. On doit simplement essayer de comprendre pour le faire devenir meilleur. Tous ces paramètres font que je suis davantage dans la communication, davantage dans la pédagogie, mais avec l’âge, avec l’expérience, il y a des choses qui vous énervent à certains moments, et où vous perdez peut-être un peu votre sang froid...Vous sentez alors ce besoin de remuer les personnes qui sont en face de vous, et effectivement ça m’arrive de rentrer dans une colère – mais ça ne s’est pas produit très souvent.

Vous êtes en train d’écrire les plus belles pages du Sporting de Charleroi, rappelant – aux gens de ma génération en particulier – l’ère Robert Waseige, avec notamment une qualification européenne. Vous grandissez en tant que coach en même temps que le Sporting grandit en tant que club, s’installant chaque année parmi les prétendants aux playoffs 1, en parfaite synergie avec la direction et le projet du club. Même si tout le monde à Charleroi rêve de vous voir faire une carrière à la Fergusson – soyons ambitieux ! –, il est inéluctable que vous serez sollicité par de grands clubs. Quand saurez-vous que votre travail à Charleroi sera terminé ?

C’est une question très difficile parce que lorsqu’on démarre dans un processus, quel que soit le métier je pense, quel que soit l’environnement, tout le monde démarre dans ledit processus auquel on a espéré un jour adhérer ou arriver. Et une fois engagé dans ce à quoi vous avez aspiré, vous êtes tellement heureux d’avoir accédé à ce dont vous aviez rêvé depuis longtemps que vous ne vous posez pas la question. Ensuite vous réalisez tout doucement que vous êtes bien dans le déroulement des choses : les gens autour de vous sont assez contents, vous effectuez des bonnes choses, je pense... – en tout cas ce n’est pas moi qui le dis car je n’aime pas parler de ma personne – mais davantage en rapport à tout ce qui s’est dit en dépit d’une saison un peu plus difficile. Je pense que l’extérieur était assez content et satisfait de ce que j’ai produit – et de ce que je continue à produire – ici, et donc il y a de l’ambition qui commence à naître.Vous ar- rivez dans un processus, vous êtes content, mais si vous avez de l’ambition à un moment donné vous vous dites : « est-ce que je serai le même personnage ailleurs ? Est-ce que je me comporterai de la même manière ? Est-ce que [au fond] je me connais vraiment?  »

Si vous êtes toujours dans le même milieu, avec les mêmes personnes, avec le même environnement, au même endroit, vous ne savez pas réellement qui vous êtes. Donc c’est vrai qu’un jour j’aimerais savoir si un autre part, avec un autre environnement, avec un autre milieu, avec peut-être plus de difficultés ou moins de difficultés, avec plus de pression ou moins de pression, [si cela ferait toujours de moi] le même homme, communicateur, pédagogue, avec le plaisir de transmettre, ou si alors je ne penserai plus qu’à l’argent comme beaucoup de gens le font. Je ne sais pas... La seule certitude que j’ai aujourd’hui c’est que je ne sais pas encore vraiment qui je suis dans le monde du foot ; parce que j’ai une manière, peut-être – je dis bien peut-être –, particulière de travailler. Ca ne veut pas dire que c’est une bonne manière, mais j’ai peut-être une manière particulière par rapport à ce monde du football qui est un monde très cruel. Et est-ce qu’avec toute l’ambition que j’ai toujours eue depuis mes 27-28 ans je suis arrivé à une étape de mon rêve ? Est-ce que l’étape suivante, je serai un jour capable de la traverser, de la dépasser ? Cette question je me la pose toujours, et tant que je n’ai pas la chance de me confronter à cette éventualité, je ne peux répondre à cette question.

Aujourd’hui je suis toujours dans le projet de Charleroi, on vit [certes] une saison un peu plus délicate, même si je pen- se que par rapport à l’endroit d’où le club vient, on est toujours dans la ligne de conduite – on est proche de la moyenne [au niveau des points] – mais l’extérieur est moins satisfait parce que quand vous êtes dans une progression, que vous commencez à gravir les échelons d’une échelle, on aimerait que chaque saison au moins un échelon soit franchi, et aujourd’hui on est dans une étape où on n’arrive pas à franchir l’échelon suivant. De ce fait, les gens, l’extérieur, l’environnement, le monde du football, sont moins satisfaits. Et donc peut-être qu’un avenir autre part se dessine tout doucement, je n’en sais rien honnêtement... Mais si un jour quelque chose devait se dessiner quelque par t, je pense que je serai prêt à relever le défi, tout simplement pour savoir si je suis toujours la bonne personne dans ce milieu-là.

En réalité il s’agit plus d’une recherche par rapport à moi-même que par rapport au monde extérieur, ou pour prouver quoi que ce soit aux autres. Ce dont j’ai besoin c’est de savoir, pour moi-même, si je suis capable ou si j’ai envie d’être dans ce milieu-là jusqu’à ma pension ou jusqu’au mo- ment je ne pourrai plus le faire. C’est le fait de savoir si – au regard du milieu d’où je viens, par rapport à l’éducation que j’ai reçue – je suis encore capable de franchir des étapes, tout simplement.

Je n’ose pas poser la question du titre tant espéré par les supporteurs, car ça dépend de tellement de facteurs – un fait de match peut, par exemple, vous éliminer de la coupe de Belgique – cependant quand on voit comment la lutte est acharnée entre les gros poissons que sont Bruges, Anderlecht, Genk, la Gan- toise, le Standard, avec Charleroi faisant chaque saison partie des équipes en embuscade, est-ce que le système de playoffs – en particulier la division des points par deux en fin de phase classique – n’a pas réduit les écarts entre les équipes dites « du top », rendant à terme un exploit possible ? 

Oui je pense que par rapport au statut de Charleroi – le statut qu’il a toujours eu et « le nouveau statut » qu’il a acquis depuis quelques saisons – beaucoup de choses sont possibles. Aujourd’hui vous avez une équipe comme Genk qui survole le championnat, mais qui risque finalement de – peut-être – ne pas être championne avec ce système des play-offs. Si le championnat devait s’arrêter aujourd’hui, si au moment où on se parle (nous sommes en février, ndlr) on divise les points par deux, finalement Genk n’aurait que quatre points d’avance ; quatre points d’avance c’est simple- ment deux matchs, et on sait qu’il y en a 10 en play-offs... Donc effectivement la donne est différente. Maintenant s’il n’y avait pas eu ce système-là, Charleroi aurait été qualifié en coupe d’Europe directement la saison dernière parce qu’on a terminé le championnat à la troisième place de la phase classique, et si je me souviens bien, cette troisième place donne un accès direct aux poules de l’Europa League. Il y a donc des avantages et des inconvénients.Vous savez, pour le dire ouvertement – ça n’implique rien si je le dis et ce n’est pas grave si les gens ne sont pas contents, mais – le système des play-offs est uniquement fait pour des rentrées financières, ça n’apporte pas de réelle plus-value au championnat. Parce qu’une équipe qui fait une saison extraordinaire sur 30 matchs, et qui malheureusement a des soucis physiques, a des pépins dans cette période de play-offs, ou qui est [tout simplement] un peu moins bien, [elle] peut perdre tout le mérite qu’elle a acquis pendant toute la phase classique du championnat.

En ce qui me concerne, je ne comprends pas très bien le système des play-offs si ce n’est qu’il y a un objectif comme le nôtre aujourd’hui, celui de Charleroi où on est huitième à quatre journées de la fin : terminer sixième dans une phase classique (normale) c’est bien mais ça n’a rien d’extraordinaire, en revanche terminer sixième dans une place qualificative pour les play-offs 1 ça a un goût supplémentaire par rapport à des ambitions. Donc il y a du pour et il y a du contre ; le contre je ne le vois que sur le plan financier, pas nécessairement sur le plan sportif. Après voilà on est dans un monde financier, les clubs de foot sont devenus des sociétés, et donc pour eux évidemment c’est important.

Vous avez été élu coach de l’année en 2017, vous l’au- riez sans doute été en 2018 si Charleroi ne s’était pas écroulé en playoffs 1 après avoir été 2e pendant quasi- ment toute la phase classique – et même s’il faut louer l’excellent travail d’Ivan Leko ponctué d’un titre pour Bruges – décrivez-nous ce moment de reconnaissance nationale au bout de votre 4e saison en division 1.

Ah ! Ca c’est un moment d’une part important et puis d’autre part pénible... Alors c’est sûr que sur le moment, cette reconnaissance – en ce qui me concerne – a été exceptionnelle et extraordinaire parce que vous revoyez en une minute ou en 30 secondes tout votre parcours : le fils de mineur qui se balade avec des pantalons en laine trop large, qui va à l’école à pied parce que les parents n’ont pas les moyens de faire autrement, qui mange ses tartines dans la cour de récréation, et qui finalement – au début en tout cas – n’a pas beaucoup de succès avec les copains, avec les filles... Un monde pas simple où l’éducation et la manière dont les parents ont été éduqués font que l’ouverture aux gens – pour leurs enfants – n’est pas présente, les activités pour leurs enfants ne sont pas présentes, et donc finalement on ne fait pas grand-chose de notre enfance si ce n’est aller à l’école, rentrer, faire ses devoirs, et regarder la télé avec les parents.

Et puis vous commencez à jouer au foot, vous n’êtes pas bon, vous progressez un peu, puis vous vous blessez, puis vous devenez entraîneur des jeunes, et puis tout d’un coup vous recevez ce prix de meilleur entraîneur de Belgique. Effectivement c’est un moment assez exceptionnel de reconnaissance personnelle, de reconnaissance de la famille, du nom Mazzu – et donc du papa qui est arrivé pour travailler dans les mines. Pour tout ça j’ai évidemment une très grande fierté, et en même temps on se dit que ce prix ne devrait pas être un mérite individuel ; parce que quand on réussit un projet dans un club de foot, ce n’est pas uniquement grâce à l’entraîneur, c’est [grâce à] ou-
tes les personnes qui travaillent avec lui : son staff, la direction, c’est grâce à un public qui y croit, c’est grâce à des joueurs qui adhèrent...

Le titre de meilleur entraîneur de Belgique est quelque chose d’extraordinaire au niveau de la reconnaissance personnelle, mais par rapport à tout ce qui s’est passé ensuite je regrette d’avoir reçu ce prix. 

Quand vous y repensez quelques jours après, vous vous dites : « putain ! (sic) ce prix-là ne devrait pas être un prix individuel », ça doit être un prix collectif, [un prix] du club au sein duquel tous les gens ont travaillé pour réussir ce pro- jet. Et donc quand vous pensez comme ça, vous vous dites que les autres personnes qui ont permis à ce que l’équipe grandisse en même temps que moi n’ont pas été valorisées à leur juste valeur, n’ont pas été mis en évidence – car finale- ment il n’y a que moi qui ait été mis en évidence.

Et puis au fil des semaines ça devient pénible parce que ça vous porte préjudice ; les gens vous voient autrement, vos phrases, vos analyses, vos interviews, sont analysées différemment ; on vous dit un peu plus prétentieux, on vous soupçonne une moins grosse envie de travailler – parce que « vous êtes arrivé au-dessus » –, vous êtes valorisé financièrement... On pense dès lors que tous ceux qui ont contribué à cette grosse saison n’ont pas spécialement été mis en évidence, on pense que vous ne leur accordez plus beaucoup d’importance, et donc de fil en aiguille il y a de l’énergie négative qui s’installe autour de vous et autour des gens qui collaborent avec vous. Et toute cette énergie négative fait que vous vous sentez moins bien, les gens avec qui vous travaillez se sentent moins bien, les gens pour qui vous travaillez se sentent un peu moins bien, donc finalement l’un dans l’autre c’est – au niveau de la reconnaissance personnelle, par rapport à l’évolution de mon personnage – quel- que chose d’extraordinaire, mais par rapport à tout ce qui s’est passé ensuite je regrette d’avoir reçu ce prix.

Vous parlez également dans le livre de votre vie privée, vos amours, la façon dont vous vous êtes construit en tant qu’homme, c’est-à-dire en tant qu’époux et père de famille. Comment faites-vous pour concilier vos ambitions professionnelles et la famille qui a l’air d’occuper une place importante pour vous ?

Ce n’est pas toujours évident. J’ai la chance d’avoir une femme qui a été nageuse de très haut niveau, qui a d’ail- leurs gagné les jeux olympiques en natation chez les jeunes (moins de 16 ans), et qui a cette compréhension du monde professionnel et du sport de haut niveau, [en particulier] le fait que ça demande beaucoup de sacrifices, que ça demande beaucoup de temps. J’ai une femme indépendante qui se débrouille seule, qui s’occupe des enfants, qui s’occupe d’elle, et puis quand je suis là j’essaie un maximum d’être présent même si malheureusement on a toujours des déceptions en tête. Ce n’est pas toujours facile d’être présent – car on peut être présent physique- ment mais peut-être pas mentalement – ce n’est donc pas spécialement évident mais je pense qu’elle a beaucoup de compassion et qu’elle fait beaucoup de sacrifices. Et puis il y a certainement aussi de l’amour des deux côtés, si ça peut continuer comme ça tant mieux. 

Avec une profonde pensée pour M. Derycke (décédé peu de temps après la sortie du livre), comment s’est déroulée l’écriture de ce livre ?

Jean était – oui malheureusement je dis était – un journaliste des éditions Vers l’avenir, il était toujours présent à nos matchs, aux conférences de presse ; on s’était lié d’amitié, on parlait assez souvent... Jean était un journaliste très original, un peu – comment je vais dire ça –,un peu « olé olé »,pas comme tous les journalistes qui sont cadrés, qui sont stricts, qui sont précis, qui connaissent tout du football – et qui connaissent tout de tout d’ailleurs –, c’était quelqu’un qui était dans l’acceptation de mes désaccords [notamment au sujet de certaines de ses écritures], on en parlait assez sou- vent et quand vous parvenez – entre deux personnes en désaccord – à échanger calmement et posément des idées, c’est quelque chose d’extraordinaire. Car malheureusement on vit dans une société où lorsque deux personnes ne sont pas d’accord, chacun se bat pour essayer d’avoir raison, et je pense que c’est une grosse partie du problème du mon- de actuel – et le sport n’y échappe pas. On doit pouvoir discuter de deux choses avec des avis différents sans nécessairement essayer d’avoir raison, mais plutôt [tenter] de comprendre pourquoi l’autre pense de cette manière-là et pourquoi soi-même on pense d’une autre manière. Et avec Jean on parvenait à avoir pareilles discussions, [grâce à une telle qualité d’échanges] il était peut-être la personne – en dehors de mes parents et ma femme – qui connaissait le mieux l’évolution du personnage, jusqu’à ce jour où il me dit : « écoute, on discute toujours, on discute toujours, mais j’ai envie de mettre tout ça dans un livre ; est-ce que tu es d’accord de sortir un livre ? » Moi j’y pensais depuis déjà quelques années mais je n’ai jamais ouvert de portes ni n’ai eu l’occasion de trouver quelqu’un pour dire que je suis intéressé. [J’ai donc répondu favorablement à sa proposition], on s’est vu pendant une année, deux ou trois fois par semaine – après mes entraînements tard le soir – à raison d’une heure et demie à deux heures à chaque fois. On est parti sur plusieurs sujets, de l’évolution de mon personnage, de ma famille, du club,... Il enregistrait – un peu comme vous le faites – et puis en rentrant le soir, à minuit, il a tout retranscrit sur papier et la maison d’édition fut hyper intéressée par la sortie de ce bouquin, voilà comment ça s’est fait. 

Merci Felice. Pour conclure, que peut-on vous souhaiter à vous et au Sporting de Charleroi pour la suite ? Ecoutez, de tout cœur moi je souhaiterais d’abord au Spor- ting de Charleroi de pouvoir se qualifier en play-offs 1, d’avoir les forces financières et matérielles de pouvoir continuer à évoluer, parce que c’est le club de mon enfance c’est le club de mon cœur, c’est le club où j’ai commencé à connaître le football, où je sentais l’odeur des boudins, des frites,... quand je venais voir les Czerniatynski, les Jacobs, les Böhmer, etc. Charleroi est une ville qui a apporté énormément à ma famille et en cela je lui serai toujours fidèle. Ca ne veut pas dire que je serai toujours l’entraîneur de Charleroi mais ça veut dire que je serai toujours fidèle à Charleroi, et j’ai vraiment envie – mais vraiment envie ! – que Charle- roi devienne une grande ville dans le monde du football et qu’on arrête de dénigrer cette ville, de penser que c’est une ville sale, de penser que les gens sont cons, de penser que socialement on n’est pas au niveau d’autres villes. J’aimerais tellement que, par le biais du football, Charleroi grandisse parce qu’il ne faut pas oublier que si l’économie de la Belgique s’est développée à un moment donné, c’est en partie grâce à une ville comme Charleroi, grâce à ces travailleurs immigrés – par le biais de la mine notamment. Charleroi doit être reconnue à sa juste valeur, même si c’est une ville qui a peut-être plus de difficultés sociales que d’autres. Je souhaite donc vraiment que Charleroi – ce club de foot de Charleroi – prenne une place importante dans le paysage de la Belgique.

En ce qui me concerne – je viens d’avoir 53 ans –, je ne de- mande qu’une chose : c’est d’être heureux avec ma famille, mes parents dont j’espère qu’ils seront encore là très long- temps, et continuer à m’épanouir, que ce soit ici ou ailleurs. Le jour où je sentirai que je ne m’épanouis plus dans le monde du foot, j’arrêterai et ferai autre chose parce que la vie est très très courte. Ce que pensent les autres ne m’intéresse pas, être médiatisé ne m’intéresse pas ; gagner de l’argent oui, bien évidemment, parce que tout le monde tra- vaille pour pouvoir gagner de l’argent. Et si je sais en gagner plus un jour ça sera tant mieux, si je continue à en gagner comme j’en gagne aujourd’hui, tant mieux, mais l’important c’est que je sois épanoui et heureux de faire ce que je fais. Le jour où je ne le serai plus, je sortirai certainement du monde du football.

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In Style Discoveries: Felice Time
Felice Time
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