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Eric Boschman: sommelier et homme de scène


Nous sommes au Novotel de Charleroi, mon invité ne laisse pas le personnel de l'établissement indifférent puisqu'il vient spontanément le saluer, sans omettre de mentionner l'honneur de l'accueillir. Eric Boschman n'est plus à présenter : sommelier reconnu au niveau national, homme de médias, mais aussi de scène, Eric Boschman est un personnage atypique, symbiose parfaite du professionnel rigoureux, de l'artiste décalé, et du bon vivant aimant les choses simples. Un esprit libre, qu'il aime revendiquer, et qui a choisi de s'exprimer et de partager son univers à travers des champs d'expression divers, mais toujours en cohérence.

On peut dire, Monsieur Boschman, que vous faites partie de ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits puisque vos grands-parents ont ouvert la taverne le Luxembourg qui – sous différents exploitants – est resté une référence à Charleroi. Vos parents ont ouvert le restaurant le Grand Ryeu qui est toujours excellement côté. Auriez-vous pu avoir un destin autre que le vôtre et vous épanouir ailleurs que dans la gastronomie et du plaisir de table ? 


Oui probablement, en tout cas mathématiquement ça doit être possible. Je n’ai jamais regretté quoi que ce soit car j'ai la chance d'avoir des parents qui ne m'ont pas élevé mais qui m'ont éduqué ; ils m'ont appris à grandir et m'ont insufflé le virus de la curiosité. Dans un de mes livres, j'avais mis en exergue une citation de Paul Valéry : « il faut toujours savoir pourquoi », et pour moi c’est fondamental. J’ai gardé ce côté enfantin avec ce besoin de savoir pourquoi. Par exemple j'ai toujours ce besoin de comprendre pourquoi la rue dans laquelle j'habite s'appelle comme elle s’appelle. Ce sont des questions qui ne m’empêchent pas de vivre mais je dois le savoir parce qu’autrement je me sens un peu bête ; habiter dans une rue sans savoir qui est cet homme ou cette femme qui y a laissé son nom, c’est sans intérêt, c’est comme regarder TF1 tous les soirs. Voilà ce que mes parents m’ont apporté. Ils ont, par ailleurs, eu l’excellente idée de ne me soumettre à aucune religion. J'aurais pu choisir une religion quand je voulais si je le désirais, ils n’étaient pas contre, ils n’ont pas été anti-quelque chose, ils ne m’ont juste pas obligé, et je trouve que ça c'est fantastique. Je ne les remercierai jamais assez pour ces deux choses : m'avoir appris à être curieux et ne pas m'avoir écrasé sous une religion, parce que définitivement on ne choisit pas librement dès lors où on est baigné dans un univers, quel qu'il soit. Et pour moi une religion c'est une limitation de l'esprit, ce n'est pas une critique vis-à-vis de ceux qui croient mais pour moi ça empêche d'avoir l'esprit libre, et c’est clairement ce que mes parents m’ont apporté. 

Je crois que la vie éternelle dont tout le monde rêve n’existe que dans le cœur des gens qui pensent à ceux qui sont partis. 

Et donc oui j'aurais probablement pu faire autre chose si je l'avais souhaité mais je me plais dans cet univers, et puis aussi il faut dire qu'il me l'a bien rendu. Je pense que dans cette vie-ci c'est bien, si jamais il y en a une autre après je choisirai autre chose, mais pour l'instant ça va.

Quel regard portez-vous sur ces établissements aujourd’hui ?

C'est mon frère, Alain, qui gère aujourd'hui le Grand Ryeu, et même quand je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'il fait ou ce qu'il pense, je ne dis rien parce que c'est lui qui a eu le courage de reprendre l'établissement et de tenir le bateau sur ses épaules. Il en va de même par rapport au Luxembourg même si là je suis tout-à-fait neutre; cependant je reconnais que les quelques premières fois où j'y suis allé en étant adulte j’ai eu le cœur un peu serré car que je reconnaissais certaines dispositions des lieux. Et puis en même temps l'âme de mes grands-parents n'est pas enfermée dans une brique. Je crois que la vie éternelle dont tout le monde rêve n'existe que dans le cœur des gens qui pensent à ceux qui sont partis. Mes grands-parents existent dans ma tête, les briques ça importe peu, je crois.

Avez-vous l’occasion d’y aller de temps en temps ?

J'y suis retourné plusieurs fois parce que j'ai une nièce qui tient un resto à Charleroi et donc quand je vais la voir il m'arrive parfois d'aller boire un verre au Luxembourg, au début c'était avec un pincement au coeur, aujourd'hui j'y vais tranquillement.

Vous êtes une référence en Belgique en matière de vin, la question peut paraître bateau mais comment vous est venue cette passion ?

La question n'est pas bateau. Quand j'ai terminé l'école hôtelière j'étais dans un moule, relativement enfermé, et pour moi ce qui fait la différence majeure dans ce qui m'a amené au vin c'est que [dans le vin] on ne fait jamais le tour de la question. Quand on est en salle on peut rentrer dans une routine, quand on est en cuisine on doit rentrer dans une routine. Je pense que l'on fait une erreur généralement quand on dit que les chefs sont des artistes, pour moi ils ont quelque chose qui est davantage d'ordre « autistique », en ce sens qu'ils sont capables de refaire mille fois le geste très précisément, or un artiste n'est jamais capable de reproduire mille fois le même geste, autrement ce ne serait pas un artiste mais une photocopieuse. Et je pense que le vin a été pour moi la piste la plus évidente en ce sens où je ne fais jamais deux fois la même chose.

Il y a le fait d'apprécier le vin, le bon vin, mais comment se découvre-t-on un talent particulier de sommelier ? 

On ne se découvre pas un talent particulier, c'est une conjonction de plein de choses. Maman disait toujours que j'ai été fait un jour de grand vent (d'ailleurs elle le dit toujours), et que j'ai été baptisé avec une aiguille de phonographe ; j'ai la parole assez facile, j'ai la chance d'avoir une présence en salle, c'est vraiment une conjonction de choses. Le vin c'est beaucoup de technique, parler de vin c'est 95% de théorie et 5% de pratique. J'ai une faculté : ce qui m'intéresse je n'ai pas besoin de l'étudier, par contre ce qui ne m'intéresse pas, ça ne rentre pas. Par exemple je suis nul en math, je pense que j'ai dû m'arrêter à une équation à une inconnue, ce qui ne m'a pas empêché de faire des choses [dans un autre registre] avec deux inconnues, mais en ce qui concerne les maths [c'est différent] je n'ai pas l'esprit à ça, je n'y arrive pas. En revanche si je lis un bouquin sur un sujet qui me passionne, je n'ai pas besoin de relire le bouquin, je le connais. Et donc le vin a été, coup de bol pour moi, quelque chose qui me passionnait. 

Vous avez, en 1988, obtenu la distinction du meilleur sommelier de Belgique, à seulement 24 ans, comment cela se déroule et sur quels critères évalue-t-on ce type de compétence ? Et si j'osais vraiment, je vous demanderais quelle est la différence entre un bon sommelier et un sommelier moyen ? 

La différence entre un bon sommelier et un sommelier moyen c'est qu'un bon sommelier c'est quelqu'un qui va vivre son métier, tandis qu’un sommelier moyen c'est celui qui va transformer son métier en horaire de fonctionnaire ou de banquier ou de de profession qui ne sert à rien (sic). On ne peut pas être un bon sommelier si on n'est pas passionné. Je pense qu'on ne peut pas faire ces métiers d'accueil et de service si on n'a pas la passion vrillée au corps. Si on fait ce métier en disant « c'est un métier comme un autre où on peut gagner des sous» (avec un accent wallon grossièrement surjoué, ndlr) ça n'a aucun intérêt puisque on n'est jamais payé en fonction de ce que l'on fait. Notre vrai salaire c'est le sourire, la relation que l'on a avec le client et quand on a affaire à des gens qui sont ectoplasmiques en face de nous, il serait bien qu'ils ne perdent pas leur temps et qu'ils trouvent un autre métier de façon à ne pas embarrasser le marché.
A propos de la question « comment est-ce qu'on juge un bon sommelier ou le meilleur sommelier de Belgique ? », il s’agit d’un concours avec des critères objectifs : il y a des épreuves avec des questions. C’est objectif puisque la réponse est bonne ou mauvaise, et ça donne des points, en fonction desquels on établit un classement, celui qui a le plus de points remporte le concours.

Est-ce qu'on peut susciter des vocations ? 

Je l’espère ! J'espère en tout cas qu'au cours de ma carrière j'en ai suscité. Parce que l'idée au fond c'est qu'il y ait toujours quelqu'un derrière pour prendre la relève. Mais surtout qu'il soit plus fort, plus intelligent, plus tout ce qu'on veut mais qu'il nous dépasse ! Sinon ça n'a pas
d'intérêt. 

Vous êtes un homme de médias puisque vous êtes intervenu à maintes reprises sur à peu près tous les formats (presse écrite, télévision, radio, blog, Youtube,...) pour parler de vin et de gastronomie. Qu’est-ce qui vous anime pour être si présent et toujours aussi passionné ?

Le partage, moi ce que je trouve intéressant c'est de partager. C'est de dire aux gens : « buvez, prenez-en tous, ceci est mon sang !» Je crois qu'il y a quelque chose de bien derrière cette idée. Parler de vin à quelqu'un qui n'y connaît rien et de donner l'envie à ce quelqu'un de boire le vin dont on vient de parler, eh bien c'est gagné ! 

Vous êtes également écrivain, vous parlez de l’art de table. Vous êtes auteur ou co-auteur de 17 livres – 18 si on compte « a slice of Belgium » traduction de l’ouvrage « le goût des Belges » en anglais, traduit également en néerlandais et en allemand –, quelqu’un qui souhaiterait en connaître davantage sur vous à travers votre passion (ou votre passion à travers vous) et qui ne vous a pas encore lu, quel ouvrage conseillez-vous ? 

Il y a un nouveau livre qui va paraître en janvier 2019 et qui est « L'almanach de la Wallonie gourmande et insolite». Alors oui j'écris, mais je ne suis pas écrivain, ce n'est pas de la littérature, j'écris des livres de cuisine et de recettes, quoiqu'il y en ait un dont je suis particulièrement fier et
qui s'appelle le Goût des Belges et qui est en fait un recueil d’histoires sur notre belgitude, en 2 tomes. C’est forcément celui que je conseille.

Vous déclinez votre savoir et votre côté épicurien, oserais-je ajouter votre côté artiste, à travers la scène et les spectacles, pouvez-vous nous en dire plus ? 

Pour l'instant il y a 3 spectacles qui existent : il y en a un qui tourne beaucoup et qui s'appelle « Ni dieux ni maîtres mais du rouge». Je pense que l’adage ni dieu ni maître me représente bien, même si je l'écris au pluriel (ni DieuX maîtreS). Ce spectacle c'est l'histoire du monde à travers le vin – non pas l'histoire du vin à travers le monde mais bien l’histoire du monde à travers le vin –, c'est à la fois politique, religieux,... c'est un tout et j’ai la chance que ça marche vraiment bien. 

Comment cette idée de vous mettre en scène vous est-elle venue ? Comment cela a commencé ?


C’était lors d'une conférence en 2014 où je suis arrivé hyper en retard. En fait je suis très doué pour me saboter tout seul... dès que je me trouve chiant je me sabote, et en général ça va très vite. En sortant de là, les gens ont trouvé ça super drôle, ensuite une personne est venue me voir, il m’explique qu’il est agent et qu’il a une compagnie qui peut produire mon spectacle. De là j'ai rencontré d'autres personnes qui m'ont amené vers d'autres personnes, et de fil en aiguille je me suis lancé.

Si on veut vous voir sur scène, où doit-on aller et comment en être informés ? 

C’est très simple puisque tout se trouve sur mon site Internet : www.ericboshman.be, ensuite il y a ma page Facebook, Eric Boschman, qui est publique ; la page Facebook de l'âge de bière; ou encore la page Facebook de Ni dieux ni maîtres.

Aujourd’hui vous vivez à Bruxelles et les Boschman sont toujours des références dans le milieu de la gastronomie à Charleroi. Pouvez-vous nous parler des différents établissements gérés par votre famille ainsi que leurs particularités respectives et les bonnes raisons de s’y intéresser ?


Je vais principalement parler de La Cuisine des Boschman et du Grand Ryeu. La cuisine des Boschman c'est une brasserie, ni plus ni moins ; ils ne cherchent pas à faire de la grande gastronomie, ils ne cherchent pas à faire une brasserie « comme à Bruxelles », ils cherchent simplement à faire une brasserie où les gens viennent, sont heureux, sont contents, se sentent chez eux. Alain y fait des choses simples et ne cherche pas la cuisine compliquée. La cuisine compliquée c'est au Grand Ryeu, où c'est plus de la cuisine gastronomique, c'est la vision de la gastronomie d’Alain Boschman.

Pour conclure, je vous laisse terminer cette phrase : « Un bon repas c’est... » 

Un bon repas c'est des amis, la fête, le confort, une belle table bien dressée, avec du matériel de qualité, c'est le bonheur de se retrouver, de partager, de rire des mêmes bêtises et même si ça peut virer au n'importe quoi... (Eric Boschman évoque un épisode survenu cet été où lors d’un dîner en famille au restaurant, il a commencé à jouer avec de l’eau jusqu’à ce que sa belle fille de 12 ans se soit retrouvée complètement trempée en plein milieu du restaurant : on a bien ri et c’est cela le plus important !, ndlr)

Et « un bon vin c’est... » 

Un bon vin c'est quand on est deux, qu'on termine la grande bouteille et qu'on se dit : «ah déjà ! ». En fait l’unité de mesure idéal du bon vin c'est le Magnum, surtout pour la Saint-Valentin si on avec quelqu'un qui ne boit pas de vin. Si on est avec une femme qui ne boit pas de vin, c'est mieux de commander un Magnum parce qu'on s'est trompé de personne pour être à table. 

Propos recueillis par Saïd Derouiche, le 27/11/2018

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In Style Discoveries: Eric Boschman: sommelier et homme de scène
Eric Boschman: sommelier et homme de scène
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